Quand j’essaie de jeter un regard en arrière sur les premières années de mon enfance, elles m’apparaissent comme un pays merveilleux qu’en pleine nuit j’ai traversé, bien avant le lever du soleil sur les champs et sur les maisons. De ci, de là, pourtant, un souvenir brille comme la lanterne qu’un homme d’équipe balance sur le quai. Partout ailleurs c’est l’ombre, c’est un brouillard que creuse le vent de la mort sans réussir à le dissiper. Des vieux et des vieilles dont j’avais peur quand je les rencontrais ont pris depuis longtemps le chemin du cimetière, des hommes et des femmes aussi que j’ai connus dans la force de l’âge, et encore des jeunes filles qui avaient dix-huit ans lorsque j’en …
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